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Monde : Le rave toujours aussi populaire chez les gays après 20 ans
15 août
2008 - Tag : Société

L'histoire de la musique pop comporte non pas un, mais trois Summers of Love, ces « étés de l'amour » synonymes de révolution culturelle et musicale. Celui de 1967 bien sûr, le premier, qui vit déferler la vague hippie avec son slogan « Peace and Love ». Mais aussi ceux de 1988 et 1989, moins connus du grand public, car circonscrits à la Grande-Bretagne. Leur portée se mesure néanmoins encore aujourd'hui. Ce sont les étés de la génération électronique, les actes fondateurs de la culture rave qui s'est étendue en Europe tout au long des années 1990.

C'était il y a vingt ans déjà et le festival Astropolis s'apprête à célébrer l'événement lors de sa 14e édition, du 13 au 17 août, à Brest (Finistère). Pour l'occasion, ont été invités quelques DJ historiques, comme Daniel Bell ou Derrick May, l'un des trois « inventeurs » de la techno, à Detroit (Michigan).

Organisateur d'Astropolis, Mathieu Guerre-Berthelot n'a pas vécu « l'été de l'amour » de 1988, et pour cause : « le Summer of Love français s'appelle en réalité Winter of Love 92», plaisante-t-il. « La presse rock française racontait cette drôle de tendance qui secouait la culture pop britannique, se souvient-il. On regardait ça avec un peu de mépris, pour nous c'était un truc de boîte de nuit. Mais quand nous sommes allés à la grande rave des Transmusicales de Rennes en 1992, on a enfin compris de quoi il s'agissait, ce fut un vrai choc culturel. Tout le monde souriait, dansait, ça nous changeait des ambiances de concert rock sinistres des années 1980.»

Une révélation identique à celle des clubbers anglais, à l'été 1988 dans les discothèques de Londres, lorsque des DJ (Danny Rampling ou Paul Okenfoald) revenus d'Ibiza, dans les Baléares, fédèrent les branchés autour d'une musique inconnue. Une mixture joyeuse et hypnotique de disco, mais surtout de techno venue de Detroit et de house music venue de Chicago (Illinois).

D'Ibiza, les DJ ont aussi rapporté une drogue que l'on dit inoffensive : le MDMA ou ecstasy. Une molécule qui provoque l'empathie pour son voisin, donne le sentiment d'être en symbiose avec la musique et avec son environnement. « Un déconstipant idéal pour Anglais coincés», selon Simon Reynolds, auteur de l'ouvrage de référence sur cette époque, Energy Flash, a Journey Through Rave Music and Dance Culture (éd. Picador, jamais traduit en français).

Participer à une révolution
En quelques mois, la rumeur des folles nuits de Londres se répand et provoque l'été suivant, en 1989, une bacchanale pour la jeunesse comme le pays n'en a pas connu depuis des lustres. Il suffit d'un entrepôt ou d'une clairière. Quelques enceintes, des DJ, des milliers d'initiés qui affluent, guidés par répondeurs téléphoniques interposés et voilà qu'une rave prend forme. To rave : en anglais, le verbe signifie délirer. Il convient à l'atmosphère de ces fêtes sauvages où l'on danse jusqu'au lendemain, en communion avec la musique et tous ces inconnus, devenus ses meilleurs amis. On voit des choses inimaginables jusqu'alors comme un supporteur du club de football londonien de Chelsea enlacer un inconditionnel du rival Arsenal. Des embouteillages monstres bloquent chaque week-end la M25, le périphérique de Londres. La foule est fédérée par le secret et le sentiment exaltant de participer à une révolution musicale et festive aussi importante que la naissance du rock dans les années 1950 ou du rap à l'aube des années 1980.

A cause de son absence de discours, de revendications politiques ou sociales, le mouvement rave essuiera des critiques à ses débuts. Les DJ américains, ceux de Detroit surtout, supportent mal de voir leur musique, cérébrale, futuriste et surtout intimement liée à l'histoire de leur ville, réduite à un support festif. A New York et Chicago, l'esprit disco et house, issu de la communauté gay, s'en accorde mieux.

Les raves se politiseront en fait avec leur interdiction par le gouvernement Thatcher en Grande-Bretagne, en 1992. En France, ce sera avec la circulaire Pasqua de 1995 intitulée "raves, des phénomènes à haut risque". A chaque fois, les conséquences seront les mêmes : interdiction ou grandes difficultés d'organisation pour les soirées "légales", radicalisation d'une partie du mouvement dans le mouvement des travellers et les free parties (Teknival en France) qui réuniront jusqu'à 40 000 personnes en France au début des années 2000.

Alors que les dix ans du Summer of love électronique avaient généré une importante littérature en Grande-Bretagne, ses vingt ans sont étonnamment peu célébrés, en dehors de la presse spécialisée. Le signe d'une certaine désaffection pour les musiques électroniques ? « Au contraire, estime Mathieu Guerre-Berthelot, je crois qu'on ne commémore vraiment que ce qui a complètement disparu. Or la culture rave et électronique est particulièrement vivante aujourd'hui. Il suffit de regarder la mode de la Tektonik dans les cours d'écoles ou le courant nu-rave chez les jeunes rockers anglais. Une nouvelle génération a pris le relais."

Quant aux interdictions frappant les musiques électroniques, elles ont fini par tomber. "Le seul truc que les autorités ont encore du mal à comprendre, constate Mathieu Guerre-Berthelot, c'est pourquoi on s'obstine à terminer à 7 heures du matin et pas à 3 heures, comme un festival rock. Mais ici, on ne vient pas voir un simple concert, on vit une expérience globale. Et le lever du soleil en fait partie.» Source : Le Monde.

 

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